• Berceuse

    Berceuse 

    Elysée

     

    Endormons-nous, petit chat noir blanc.

    Voici que j'ai mis l'éteignoir

    Sur la chandelle.

    Tu vas penser à des oiseaux

    Sous bois, à de félins museaux...

    Moi rêver d'elle.

     

    Nous n'avons pas pris de café,

    Et dans mon lit bien chauffé

    (Qui veille pleure)

    Nous dormirons, pattes dans bras.

    Pendant que tu ronronneras,

    J'oublierai l'heure.

     

    Sous tes yeux fins, appesantis,

    Reluiront les oaristys

    De la gouttière.

    Comme chaque nuit, je croirai

    La voir, qui froide a déchiré

    Ma vie entière.

     

    Et ton cauchemar sur les toits

    Te dira l'horreur d'être trois

    Dans une idylle.

    Je subirai les yeux railleurs

    De son faux cousin, et ses pleurs

    de crocodile.

     

    Si tu t'éveilles en sursaut

    Griffé, mordu, tombant du haut

    Du toit, moi-même

    Je mourrai sous le coup félon

    d'une épée au bout du bras long

    Du fat qu'elle aime.

     

    Puis hors de lit, au matin gris,

    Nous chercherons, toi, des souris,

    Moi, des liquides

    Qui nous fassent oublier tout,

    Car au fond, l'homme et le matou

    Sont bien stupides.

     

    Charles Cros

    1842 - 1888

    Le coffret de santal (1873)

     

    Berceuse


  • Commentaires

    1
    Lundi 22 Avril à 17:23

    Beau poème !

    Bisous ma chère Mamounette et bonne soirée de lundi de Pâques

    2
    Poupette
    Mardi 23 Avril à 00:54

    Un magnifique poème ! 

    Pensées à Elysée

    3
    Vendredi 10 Mai à 07:39

    J'espère que tu continues à aller mieux !

    Bisous ma Mamounette 

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