• Un bûcheron venait de rompre ou d'égarer

    Le bois dont il avait emmanché sa cognée.

    Cette perte ne put sitôt se réparer.

    Que la forêt n'en fût quelque temps épargnée.

    L'homme enfin la prie humblement

    De lui laisser tout doucement

    Emporter une unique branche,

    Afin de faire un autre manche :

    Il irait employer ailleurs son gagne-pain ;

    Il laisserait debout maint chêne et maint sapin,

    Dont chacun respecterait la vieillesse et les charmes.

    L'innocente forêt lui fournit d'autres armes.

    Elle en eut du regret. Il emmanche son fer :

    Le misérable ne s'en sert

    Qu'à dépouiller sa bienfaitrice

    De ses principaux ornements :

    Son propre don fait son supplice.

     

    Voilà le train du monde et de ses sectateurs :

    On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.

    Je suis las d'en parler. Mais que de doux ombrages 

    Soient exposés à ces outrages,

    Qui ne se plaindrait là-dessus ?

    Hélas ! J'ai bieau crier et me rendre incommode,

    L'ingratitude et les abus 

    N'en seront pas moins à la mode.

    La forêt et le Bûcheron Jean de la Fontaine


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  • Je ne vois point de créature
    Se comporter modérément.
    Il est certain tempérament
    Que le maître de la nature
    Veut que l'on garde en tout. Le fait-on ? Nullement.
    Soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère.
    Le blé, riche présent de la blonde Cérès
    Trop touffu bien souvent épuise les guérets ;
    En superfluités s'épandant d'ordinaire,
    Et poussant trop abondamment,
    Il ôte à son fruit l'aliment.
    L'arbre n'en fait pas moins ; tant le luxe sait plaire !
    Pour corriger le blé, Dieu permit aux moutons
    De retrancher l'excès des prodigues moissons.
    Tout au travers ils se jetèrent,
    Gâtèrent tout, et tout broutèrent,
    Tant que le Ciel permit aux Loups
    D'en croquer quelques-uns : ils les croquèrent tous ;
    S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.
    Puis le Ciel permit aux humains
    De punir ces derniers : les humains abusèrent
    A leur tour des ordres divins.
    De tous les animaux l'homme a le plus de pente
    A se porter dedans l'excès.
    Il faudrait faire le procès
    Aux petits comme aux grands. Il n'est âme vivante
    Qui ne pèche en ceci. Rien de trop est un point
    Dont on parle sans cesse, et qu'on n'observe point.

    La Fontaine montre une chaîne d’excès : trop de blé ? Les moutons dévorent tout ; trop de moutons ? Les loups les exterminent ; trop de loups ? Les humains se chargent de les tuer : Personne ne sait garder la mesure nécessaire à une vie simple et sereine...

    Rien de trop Jean de la FONTAINE


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  • socrate.jpeg

    Socrate un jour faisant bâtir,
    Chacun censurait son ouvrage :
    L'un trouvait les dedans, pour ne lui point mentir,
    Indignes d'un tel personnage ;
    L'autre blâmait la face, et tous étaient d'avis
    Que les appartements en étaient trop petits.
    Quelle maison pour lui ! L'on y tournait à peine.
    Plût au ciel que de vrais amis,
    Telle qu'elle est, dit-il, elle pût être pleine !
    Le bon Socrate avait raison
    De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
    Chacun se dit ami ; mais fol qui s'y repose :
    Rien n'est plus commun que ce nom,
    Rien n'est plus rare que la chose. 

     

    Jean de la FONTAINE

    Livre IV Fable 17

    1621 - 1695

     

    On lit, dans cette fable, l'intention d'attaquer certains faux
    amis que le poète a connus et qui devaient être particulièrement nombreux à la cour...

      mesprincesses

    Belle semaine à tous !

     

     

     

     


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  •   oiseau_blesse_d_une_fleche.jpg

    Mortellement atteint d'une flèche empennée

    Un oiseau déplorait sa triste destinée,

    Et disait, en souffrant d'un surcroît de douleur :

    "Faut-il contribuer à son propre malheur !

    Cruels humains ! Vous tirez de nos ailes

    De quoi faire voler ces machines mortelles !

    Mais ne vous moquez point, engeance sans pitié :

    Des enfants de Japet toujours une moitié

    Fournira des armes à l'autre."

     

    Jean de la Fontaine

    Livre II Fable 6

    1621 - 1695

    Dans cette fable la Fontaine déplore l'impuissance des hommes à vivre en paix.

     

    mesprincesses

     


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  • Le-torrent-et-la-riviere_small1.jpg

     

    Avec grand bruit et grand fracas

    Un Torrent tombait des montagnes :

    Tout fuyait devant lui ; l'horreur suivait ses pas ;

    Il faisait trembler les campagnes.

    Nul voyageur n'osait passer

     

    Une barrière si puissante :

    Un seul vit des voleurs, et se sentant presser,

    Il mit entre eux et lui cette onde menaçante.

    Ce n'était que menace, et bruit, sans profondeur ;

    Notre homme enfin n'eut que la peur.

    Ce succès lui donnant courage,

    Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours,

    Il rencontra sur son passage

    Une Rivière dont le cours

     

    Image d'un sommeil doux, paisible et tranquille

    Lui fit croire d'abord ce trajet fort facile.

    Point de bords escarpés, un sable pur et net.

    Il entre, et son cheval le met

    A couvert des voleurs, mais non de l'onde noire :

    Tous deux au Styx allèrent boire ;

    Tous deux, à nager malheureux,

    Allèrent traverser au séjour ténébreux,

    Bien d'autres fleuves que les nôtres.

     

    Les gens sans bruit sont dangereux :

    Il n'en est pas ainsi des autres.

     

    Jean de la Fontaine

    Fable du livre VIII Fable 23

    1621 - 1695

     

    La morale de la fable est qu'il faut se méfier des gens aux allures trop tranquilles qui cachent parfois des vices insoupçonnés.

     

    Belle journée à tous !

     

    mesprincesses

     


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